© J.HEURET, ASTERS

Le Gypaète barbu

Gypaetus barbatus

Anglais: Bearded Vulture
Allemand: Bartgeier
Italien: Gipeto
Espagnol: Quebrantahuesos
Néerlandais: Lammergier

Description de l’espèce

© J.HEURET, ASTERS

C’est l'un des plus grands rapaces d'Europe avec le vautour moine. Son envergure varie de 2,60 à 2,90 m pour un poids de seulement 5,5 à 6,5 kg.

Les yeux sont jaunes et entourés d'un cercle oculaire d'un rouge vif. Un masque noir entoure ses yeux.

Son plumage aux ailes gris foncé et au corps blanc à orange ne permettent pas de le confondre avec un autre rapace. le Gypaète teinte son plumage du poitrail et de la tête d’ocre orangé en prenant des bains de boue riche en oxydes de fer. Ces bains de boue servent à montrer aux autres Gypaètes qu'il est maître en son territoire. Plus il est coloré, plus il est dominant...

Le Gypaète barbu tient son nom des "barbiches" noires de plumes naissant à la base de son bec. D'autres partent des joues et pendent de chaque côté du bec.

Ses ailes sont larges et pointues et sa queue est en losange. En vol, son faible poids lié à une très grande surface portante permet au gypaète une virtuosité qui surclasse la plupart des autres rapaces. Il pratique rarement le vol battu, avec des mouvements lents, mais bien plus rapides que ceux des autres vautours.

Biologie et écologie

Habitat et comportement

En général, il niche dans les zones de montagnes situées aux limites supérieures de la forêt, de préférence dans une grotte ou vire surplombée sur falaise escarpée, à proximité ou non de pierriers.

Ce grand rapace vit en couple, rarement en solitaire. Le Gypaète barbu est sédentaire (contrairement aux jeunes) et reste sur son territoire toute l'année, il ne le déserte qu'en cas de grand froid et par manque de nourriture. Il le défend avec acharnement contre l'intrusion de ses congénères.

Jusqu’à l’âge de 4 à 5 ans, le jeune Gypaète va parcourir toute la chaîne alpine porté par les vents et en fonction des carcasses disponibles (principalement de bouquetins). Via le contact avec d’autres jeunes oiseaux, il développe une stratégie opportuniste et collective pour la recherche de nourriture. Par la suite, il se sédentarisera et s’installera sur un territoire disponible et riche en falaises calcaires, à la recherche d’un partenaire pour se reproduire. Ces zones calcaires offrent au Gypaète des cavités situées en falaises et bien protégées contre les intempéries pour la reproduction, mais aussi des pierriers permettant le cassage d’os.

Reproduction

Le Gypaète barbu est adulte à l'âge de 7 ans.

Elle est monogame et les couples sont probablement fidèles à vie. Ils occupent un territoire immense (300 à 500 km²). Les vols de parade, souvent exécutés près de l’aire, rappellent plus ceux des aigles que ceux des autres vautours.

Le nid construit dans une paroi rocheuse est pour le moins particulier pour ce rapace. En effet, il est le seul grand rapace à construire un nid constitué d’un enchevêtrement volumineux de branchages et à le garnir abondamment de laine. Les parents peuvent construire plusieurs nids sur leur territoire et les occupent à intervalles de 4 ou 5 ans, permettant ainsi la disparition des parasites accumulés dans ceux-ci.

La femelle pond 1 et parfois 2 oeufs entre décembre et février, qui sont ensuite couvés pendant près de 2 mois. A l’éclosion le poussin ne pèse que 150 g. il prend son envol au bout d’environ 4 mois avec le poids et la taille d’un adulte. Dans tous les cas, un seul poussin ne sera élevé : le deuxième œuf constitue une sorte de chance supplémentaire à la reproduction, au cas où le premier échoue... Il va rester encore quelques semaines avec ses parents puis s'émancipe doucement.

Alimentation

© R.MATHIEU (Digiscopie)

Il se nourrit surtout d’os et de viande provenant de cadavres frais de mammifères et d’oiseaux, ne s’intéressant aux carcasses anciennes que lorsque la nourriture est rare. Au contraire des autres vautours, il peut soulever et transporter de la nourriture avec ses pattes. Il ne se mesure pas à eux pour prélever sa part mais attend qu’ils aient fini. Les 3/4 de la nourriture du gypaète sont constitués d'os et de ligaments. Cette ressource alimentaire peut paraître peu nourrissante à première vue, néanmoins elle contient autant d'éléments énergétiques que la viande. De plus, elle possède l'avantage de n'être contestée par aucun autre animal. Il peut attendre patiemment que les vautours aient nettoyé la partie molle de la carcasse. Il se saisit alors de leurs os qu'il laisse tomber d'une hauteur de 50 à 100 mètres sur un pan de falaise oblique ou sur une étendue rocheuse pour les briser jusqu’à ce que la moelle soit accessible. Il répète l’opération jusqu’à 50 fois pour qu’elle réussisse. Son gosier est large (70 mm) et peut engloutir des os entiers mesurant jusqu'à 25 cm et faisant 35 mm de diamètre. Ensuite, c’est l’action acide de l’estomac qui fait le reste!

Longévité

Un Gypaète barbu peut vivre environ 20-30 ans et jusqu’à plus de 40 ans en captivité.

Répartition

L’espèce (sous-espèce Gypaetus barbatus barbatus) est présente dans les régions montagneuses du centre et du sud de l’Europe, de l’Afrique du nord, du Moyen-Orient et de l’Asie mineure à la Chine.

En Europe de l’Ouest, son aire de distribution est morcelée. Aujourd’hui, la sous-espèce n’est plus présente que dans les Pyrénées, en Corse, en Crête ainsi que dans les Alpes et en Andalousie, grâce à des programmes de réintroduction.

En 2011, il ne subsiste que 175 couples en Europe et seulement 50 couples sur l’ensemble du territoire français.
Grâce aux programmes de réintroduction entrepris, la population française de Gypaète barbu a tendance à s’accroître ces vingt dernières années. Mais l’équilibre reste fragile et, malgré les efforts entrepris, le Gypaète barbu reste une espèce « menacée d’extinction » en Europe, inscrite sur la liste rouge de la faune protégée/menacée en France (liste fixée par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

En 2015 en France, on dénombre 40 couples territoriaux dans les Pyrénées, 5 couples en Corse, et 9 dans les Alpes. Soit une population totale de 54 couples.
2015 est l’année de démarrage du programme LIFE GYPCONNECT qui prévoit de réintroduire l’espèce dans les Baronnies provençales en alternance avec le Vercors ainsi que dans le Massif central (Grands Causses et Aveyron) afin de rétablir l’existence d’échanges entre les populations des Pyrénées et des Alpes et de contribuer plus globalement à l’existence d’une continuité entre les populations de l’espèce du Paléarctique occidental. Ce programme financé par l’Europe est porté au niveau national par la LPO Mission Rapaces. Concernant les Alpes, l’association Vautours en Baronnies et le Pnr du Vercors sont les porteurs locaux.
Il constitue un atout indéniable pour permettre de dynamiser la recolonisation par le gypaète de son aire endémique de distribution.

L’effectif théorique en 2010 était de 204 individus sur l’ensemble de l’arc alpin avec 18 couples reproducteurs identifiés dont 7 en France.

Le Gypaète barbu dans les Baronnies provençales

Depuis 2010, le Gypaète barbu fréquente régulièrement les Baronnies provençales. Ceci grâce au programme de réintroduction mené par le Parc naturel régional du Vercors avec 9 poussins relâchés. En 2016, 2 poussins (1 mâle et 1 femelle) ont été réintroduits dans les Baronnies provençales sur la commune de Villeperdrix dans le cadre du programme GYPCONNECT. Le Parc a ainsi élaboré en concertation une convention locale de partenariat entre la commune de Villeperdrix, l’association Vautours en Baronnies, le Parc, l’Association Communale de Chasse Agréée, 2 propriétaires privés. Cette convention, d’une durée de 10 ans, a été signée fin 2015 officialisant ainsi le partenariat étroit entre les différents signataires. Elle permet ainsi de confirmer que la concertation et l’écoute sont parmi les ingrédients les plus importants pour permettre l’appropriation locale et la réussite d’un programme aussi ambitieux.
Avec la présence du Gypaète barbu, les Baronnies provençales et plus généralement les Préalpes incarnent l’un des sites mondiaux les plus complets en matière de grands rapaces et d’espèces patrimoniales. Ainsi la chaîne des nécrophages des Baronnies provençales est enfin bouclée avec la présence des 4 espèces de vautours sur notre territoire dont déjà 3 se reproduisent naturellement. Nous attendons donc impatiemment d’assister dans quelques années à la reproduction du Gypaète dans nos montagnes.

Nous pouvons espérer qu’en atteignant l’âge adulte, certains d’entre eux choisissent les Baronnies pour y passer leur vie et s’y reproduire.


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